Le poisson botia, prince des aquariums mais menacé dans ses rivières
Poisson coloré, vif et joueur, le botia est une star des aquariums.
Mais son succès menace sa survie à l'état sauvage,
à moins que les chercheurs ne réussissent enfin à
le produire en fermes aquacoles.

"Il faut agir vite. Le jour où le Chromobotia macracanthus
disparaît de nos rivières, l'espèce aura cessé
d'exister", avertit Agus Priyadi, spécialiste du botia
au Centre indonésien de Recherche pour l'Aquaculture (RCA), basé
à Depok, près de Jakarta /Indonésie.
Reconnaissable à ses trois bandes noires, le botia, ou loche-clown,
n'existe à l'état sauvage qu'en Indonésie où
il est endémique de quelques rivières des îles de
Sumatra et Bornéo. Il y fait vivre de nombreuses familles qui le
pêchent artisanalement depuis que l'industrie mondiale des poissons
d'ornement a véritablement explosé, dans les années
1970-80.
Lorsque la saison bat son plein, en janvier-février, "tout
le monde, des enfants aux grands-parents, devient pêcheur et ne
compte plus ses heures", témoigne Eddi, collecteur et
revendeur sur la rivière Musi, dans le centre de Sumatra. "Il
y a dix ans, on estimait à 20 millions le nombre de poissons pêchés.
Maintenant, ce chiffre a plus que doublé et doit avoisiner les
50 millions", évalue Darti Satyani, chercheuse du RCA.
Forte demande
Le botia doit être capturé jeune, lorsqu'il fait de trois
à cinq centimètres de long. Il est alors envoyé vers
Singapour, véritable plaque tournante du commerce des poissons
d'aquarium en Asie du Sud-est. Et on le retrouve en bout de chaîne
dans les magasins d'aquariophilie du monde entier, comme en Europe où
il est vendu une dizaine d'euros/pièce.
"Grâce à sa beauté et à sa vivacité,
ce poisson est devenu une valeur sûre des aquariums et la demande
ne cesse d'augmenter", souligne Jacques Slembrouck, ingénieur
à l'Institut français de Recherche pour le Développement
(IRD), qui a engagé un efficace partenariat de recherche avec le
RCA depuis 2004 sur le botia. Mais, jusqu'à présent, il
était impossible de le produire en élevage, contrairement
à environ 80% des espèces de poissons d'ornement actuellement
commercialisées. Les résultats obtenus à Depok laissent
toutefois espérer un prochain développement du cycle de
production en captivité.
"Nous sommes très optimistes. Nous produisons des larves
et étudions maintenant leur développement et les éventuels
problèmes qui peuvent survenir lors de production massive",
précise Jacques Slembrouck. L'objectif des chercheurs est, dans
un avenir proche, de favoriser l'implantation de fermes aquacoles en Indonésie
en transférant "des techniques d'élevage simples et
pas onéreuses".
"Nos poissons ne sont nourris qu'avec des aliments naturels, comme des vers de terre ou de vase et des petits crustacés", souligne l'ingénieur de l'IRD. Le projet veut "promouvoir une aquaculture raisonnée", loin des excès des immenses fermes d'élevage de crevettes qui défigurent les côtes de Bornéo. Eddi le pêcheur se dit prêt à relever le défi et à se lancer dans l'élevage du botia. "C'est la meilleure des solutions car nos prises diminuent d'année en année". (afp)

