Site d'échanges et de partage d'informations sur l'aquariophilie et le milieu aquatique

"Aquarium Conservation Programme"
un projet de création d'une Database à des fins de conservation.

Explication du projet par Anton Lamboj
"Le sort des espèces de poissons menacées est toujours au coeur des discussions parmi les aquariophiles. Il y a quelques mois j'ai suivi une discussion particulière concernant l'aide afin de préserver les cichlidés malgaches sauvages. J'ai été particulièrement intéressé par les considérations concernant l'action que peuvent entreprendre les aquariophiles pour favoriser les poissons vivant dans leurs habitats naturels, y compris les programmes de réintroduction là où cela s'avère nécessaire.
A ce moment il ne m'était pas possible de participer à la discussion. Je souhaiterais maintenant la reprendre, en ne mettant pas seulement l'accent sur les cichlidés de Madagascar mais aussi sur les autres espèces de poissons menacées.
Il me semble que les programmes de conservation dans la nature, y compris la réintroduction, ne fonctionnent tout simplement pas. Mon expérience lors des récoltes indiquent que les manipulations environnementales par les humains (déforestation, introduction de nouvelles espèces dans des habitats existants, pollution des eaux, etc.) font plus que saper le succès de tels programmes. Des inquiétudes similaires ont été pareillement exprimées par d'autres aquariophiles et scientifiques.
Une autre raison inhibitrice des possibilités de succès de tels programmes est que rallier des soutiens semble difficile. Ceci est en relation avec les motifs des intérêts des aquariophiles pour les espèces menacées. Sûrement certaines personnes prennent sincèrement soin des poissons vivants dans leur habitat naturel. Pourtant, comme le hobby s'étend, les poissons et en particulier les espèces menacées acquièrent en permanence pour des raisons commerciales une valeur financière grandissante. Par conséquent la nature est considérée comme " une ressource " pour le hobby, elle fournit des poissons pour couvrir la demande croissante en nouvelles espèces. En résumé, la priorité pour de nombreux aquariophiles est de posséder des poissons dans leur bac plutôt que de les protéger dans la nature. Que nous le voulions ou pas nous sommes des consommateurs.
Bien que ce désir sonne plutôt comme "égoïste", il est légitime à mon point de vue. Mais si ceci est notre motif alors il serait préférable de l'admettre. Il ne s'agit pas d'essayer de le dissimuler par des discussions concernant la réintroduction et les interventions dans la nature. L'acceptation des faits va nous permettre de faire des plans réalistes, qui auront plus de chance de réussir. A mon avis ceci a l'avantage supplémentaire qu'il peut également protéger les espèces qui, inconnues jusqu'à présent, sont pourtant menacées d'extinction. Travailler dans nos bacs avec des espèces menacées peut avoir de plus grandes chances de succès que d'essayer de changer le cours d'événements menaçants les habitats naturels, au moins comme première étape vers la préservation. Ceci est dû à de multiples autres raisons. Notamment, l'une d'entre elles est le contrôle que nous avons sur nos bacs, que clairement nous n'avons pas sur les habitats naturels.
Par "travailler" j'en réfère strictement au soin des poissons de telle manière qu'ils restent vivants et en bonne santé et que leurs pontes sont répandues dans le hobby. Au cours des années les aquariophiles ont acheté et récolté des espèces pour leurs bacs sachant que ces espèces habitaient des endroits restreints et vulnérables. Ces poissons ont été observés et surtout étudiés pour satisfaire notre désir d'apprendre autant que nous le puissions à leur sujet - ou ils étaient simplement possédés avec fierté à cause de leur rareté. Malgré tout la plupart d'entre nous n'ont jamais pris soin de protéger ces espèces au sens de prendre des mesures pour qu'une éventuelle perte des spécimens récoltés dans la nature ne soit pas tautologique avec la perte permanente de l'espèce. Seuls quelques uns, en relation avec l'ensemble de la communauté, se sont engagés dans la reproduction d'espèces sur une longue période, sans se soucier des prix du marché, de la rareté, des difficultés, etc. Ainsi, heureusement il existe encore des stocks disponibles par exemple de Melanochromis auratus, Nimbochromis venustus, Pseudotropheus tropheops, Neolamprologus tetracanthus, Julidochromis ornatus, Tropheus cf moori "Magara" et d'autres. Sans le besoin de nouvelles importations, quelques enthousiastes sont encore en possession d'espèces connues depuis longtemps ou de morphes d'un excellent standard.

Actuellement la situation concernant la récolte dans la nature change rapidement. Ceci n'est pas seulement dû au fait que de plus en plus d'espèces se raréfient à cause des changements environnementaux ou de la surpêche. Les rivières et les lacs qui ont approvisionné notre hobby sont " régulés " ce qui a pour résultat de les rendre moins accessibles. Par exemple le Sri Lanka n'autorise plus la récolte et l'exportation de Malpulutta kretseri tout comme certaines autres espèces. Le Brésil constitue un autre exemple primaire d'un pays limitant ou restreignant totalement l'accès à ses habitats naturels.
Bien sûr nous ne devons pas oublier les listes "positives" discutées par un certain nombre de pays durant ces dernières années. Les règlementations internationales comme le CITES incluent un nombre grandissant d'espèces.

Ceci pourrait signifier que dans un futur proche notre capacité à accéder à un certain nombre d'espèces deviendra progressivement très limitée. Vous pouvez même être témoin de situations telles que celles appliquées aux orchidées sauvages. Les plantes sont " hautement" protégées dans la nature ; le commerce de spécimens non reproduits est restreint par le CITES et beaucoup d'autres règlementations. Toute personne essayant de récolter des spécimens sauvages viole une multitude de lois et s'expose à des poursuites. Ceci s'applique même quand les plantes individuelles à récolter sont des plantes sauvées d'un bulldozer, créant une nouvelle route pour une mine d'or ou récoltées dans une zone prévue pour être brûlée pour laisser la place à une nouvelle ferme. Heureusement des nurseries à orchidées sont bien établies ; ceci permet aux amateurs de profiter de leurs plantes favorites.
Outre les dangers mis en évidence plus haut, des règlementations supplémentaires peuvent empêcher ou interdire certaines espèces d'être maintenues avec succès et diffusées dans le hobby. Une histoire vraie : un de mes amis reproduit des colibris avec beaucoup de résultats. Il est en relation avec d'autres éleveurs en Europe, mais ne peut pas exporter les pontes de ses oiseaux vers chaque pays européen. Pourquoi ? Non pas à cause du CITES mais à cause de règlementations locales. Dans certains pays les éleveurs se sont vus demander par le gouvernement il y a environ 10 ans de déclarer les espèces de colibris maintenus et élevés. Certains éleveurs l'ont fait, d'autres (pour diverses raisons) ne l'ont pas fait. Il en résulte un pourcentage limité du groupe d'espèces disponibles pour le hobby qui a été enregistré. Dans certains de ces pays toutes les espèces enregistrées il y a 10 ans sont autorisées à être maintenues comme stock disponible, même si elles sont protégées dans la nature. Toutes les autres espèces sont strictement interdites (si elles ne sont pas enregistrées).
Bien que nous puissions espérer que des règlementations comme celles-ci ne vont jamais concerner les aquariophiles nous devons toujours prendre en considération ce qui peut arriver si elles entrent en vigueur. Souvenez-vous, certains pays discutent de listes positives ! !

En prenant en considération tout ce qui précède, je propose de faire quelque chose concernant la protection dans nos bacs dès à présent d'espèces rares ou menacées, avant qu'il ne soit trop tard. Et qui sait, si nous gérons avec succès cette première partie nous serons en position dans le futur de faire quelque chose à propos des espèces dans la nature.
J'aimerai vous inviter vous tous à démarrer un programme de conservation et d'espèces reproduites dans nos bacs des espèces menacées nationales et internationales. Lors de cette étape les participants nécessitent uniquement de déclarer des informations limitées comme : les espèces qu'ils possèdent, qu'ils conservent les poissons pour le plaisir ou pour l'élevage personnel et tout spécimen d'une espèce unique qu'ils peuvent posséder. Plus tard si plus de personnes expriment un intérêt en dédiant des bacs pour soutenir la préservation d'une espèce particulière il nous faudra aussi communiquer nos connaissances concernant la maintenance et la reproduction de ce poisson.
Une question qu'il nous faut prendre en considération est la manière de connecter les gens élevant des espèces, des formes et des morphes rares de façon à avoir un meilleur stock génétique. Il se peut aussi que ce service nous rendra capable de préserver une espèce en danger d'extinction : peut-être ici en Autriche nage un unique mâle d'une espèce rare et aux USA une unique femelle de la même espèce. Leur permettre de se rencontrer est essentiel pour le maintien de l'espèce. Somme-nous capables de faire cela ? Comment ?
S'il vous plait ne me dites pas que cela ne peut pas fonctionner. Cela fonctionne bien entre individus privés ou amis qui se connaissent et qui ont un contact personnel. Il existe des associations qui favorisent leur hobby de cette manière, à savoir ayant une liste du stock pour toutes les espèces disponibles dans leur association pour les personnes intéressées par l'acquisition ou la reproduction de celles-ci. Les jardins zoologiques conduisent de la même manière des programmes de reproduction avec beaucoup de succès pour nombre d'espèces. Ne pourrions-nous essayer de structurer un programme semblable pour servir la communauté piscicole ? Pourquoi cela ne pourrait il pas fonctionner avec des personnes utilisant internet comme moyen d communication ?

Bien sûr il y aura beaucoup de travail, mais internet offre d'énormes possibilités. Je ne demande pas que chacun qui possède une espèce rare de se joindre ; tous ceux qui sont intéressés sont les bienvenus. Nous aimerions commencer quelque chose comme une " fishbase" (une base de données) avec les scientifiques et les aquariophiles du monde entier coopérant pour soutenir le projet. Avec optimisme, au fur et à mesure de l'avancement du projet, davantage de gens vont nous rejoindre, augmentant ses chances de succès.
Pour le moment les choses s'annoncent bien lorsqu'il s'agit des poissons d'eau douce. Seul un nombre limité d'espèces sont interdites de maintenance. La situation actuellement favorable ne durera pas éternellement, nous avons d'amples avertissements à ce sujet. Il nous faut démarrer à faire quelque chose maintenant, avant que les choses n'aillent plus mal. S'organiser maintenant va augmenter nos chances de conserver des espèces menacées dans le futur également, même lorsqu'elles ne peuvent plus être récoltées ou exportées. Nombre de poissons-chats originaires du Brésil ne peuvent être exportées actuellement, pour eux il est peut-être minuit moins cinq en ce qui concerne le hobby. Malgré tout, nous avons encore bon nombre de ces poissons dans nos bacs. Faisons quelque chose avec eux, prouvons que nous ne sommes pas seulement des consommateurs exploitant des ressources naturelles pour notre plaisir personnel.

Ceci ne sont pas toutes les pensées que j'ai à propos de ce sujet. C'est seulement un début. J'espère qu'une bonne discussion va commencer, résultant par une mise en évidence des questions pertinentes et concrètement par des actions spécialisées. Je suis sûr qu'il sera possible de faire quelque chose de positif pour ces espèces que nous aimons. Et si nous pouvons faire cela correctement, alors nous pouvons peut-être faire un autre pas et faire quelque chose de plus pour permettre la protection de ces espèces dans la nature, pourvu que la nature existe encore pour certaines ou toutes ces espèces en tant que possibilité.

C'est à nous de travailler maintenant pour sauver ces poissons avec lesquels nous travaillons depuis de si nombreuses années. Si les aquariophiles engagés dans le hobby et conscients des possibles dangers ne vont pas le faire qui va le faire ?

Anton Lamboj

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