Quelle pêche
d'enfer !
Extrait de Aquarium Magazine n°99 - juin 1994
Le plus ancien cercle aquariophile, sis à Strasbourg, est né en 1933. Il réalisa sa première grande exposition en 38. Depuis, a lieu tous les cinq ans un travail titanesque de préparation pour un événement unique en France, par son ampleur et sa durée: trois mois. Mise en place de cette expo hors norme.
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Passion? "Folie !", lance le vice-président des "Amis de l'Aquarium 1932", Robert Allgayer, cichlidophile bien connu. Et ça ne date pas d'hier. En 1938, pour cette manifestation, les membres du "32" louaient les camions-citernes de la Laiterie Centrale de Strasbourg, pour aller chercher l'eau de mer à... Monaco, soit à un millier de kilomètres. Il n'y avait pas de sels synthétiques à l'époque. Les expos d'alors : avec un gorille ou un ours... Les expos d'alors étaient différentes de celles d'aujourd'hui. Elles abritaient à l'occasion un gorille ou un ours! Jean-Jacques Eckert, le vice-président, se souvient: "On préparait celle de 1965. L'ours venait d'un cirque ambulant, où il était maltraité. La S.P.A. intervint pour trouver un nouveau propriétaire provisoire. Nous avions, dans un énorme terrarium, un python de cinq mètres. Il fut déménagé. Puis on fit construire chez un serrurier une énorme cage en acier, où fut maintenu l'ours durant l'exposition. Après quoi, il fut conduit au zoo de Mulhouse. Ça choquerait les gens aujourd'hui. Mais dans les années 60, il n'en n'était rien. On n'y pensait pas. " |
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II y avait aussi, poursuit-il, un terrarium géant,
où l'on pouvait se tenir debout. Nous y maintenions des chauve-souris.
Quand elles déployaient leurs ailes, c'était l'attraction.
Je me souviens aussi d'un bac marin avec des hippocampes. Un matin,
en arrivant, nous avons découvert des jeunes... Quelle ne fut
pas notre déception, quelques jours après! Nous découvrîmes
le bac "explosé". Les hippocampes étaient
morts. Mais c'était une époque formidable." Avec juste une vitre à l'avant, les aquariums marins étaient en fibrociment. C'était le seul matériau qui résistait à la corrosion. Les bacs d'eau douce étaient encore construits avec des cornières métalliques et un mastic spécial qui ne durcissait pas." Préparation technique Le président, Roland Staub*, nous explique comment fonctionne la mise en place d'une telle expo : "C'est beaucoup de travail. A chaque fois, la quarantaine de bacs présentés est reconstruite. Les membres de l'association sont sollicités un samedi sur deux, durant six mois, pour un travail d'atelier, physique. On ne peut pas demander ça tous les ans ou tous les deux ans. Les membres se lasseraient. En faisant une exposition tous les cinq ans environ, ça nous permet de motiver tout le monde, de créer une bonne équipe, de se renouveler. Chaque exposition amène un nombre important de nouveaux membres. Ils ne désirent qu'une chose: faire à leur tour une exposition. C'est une occasion unique d'acquérir une bonne connaissance technique. A chaque fois, nous étions une vingtaine de personnes aux séances de travail. Pour la première fois, cette année, nous sommes une quarantaine. C'est sympa. Nous sommes un club ancien, mais pas si important: 150 membres. But de la "manif" : pédagogique. Prenons les aquariophiles qui participent à la réalisation. Le verre est acheté brut. Il va être préparé, collé par eux. Tous les filtres de décantation sont coupés, réalisés, ajustés par l'équipe. Les décors en polystyrène sont imaginés, façonnés, résinés."
Nouvelle étape : l'installation C'est l'étape
de l'imaginaire, du respect des milieux naturels et de la mise en
eau. Tout se met en place pour accueillir le public. Pour lui présenter
le monde aquatique et celui de la terrariophilie. Dans les règles
de l'art. Pédagogie, une fois encore, mais aussi émerveillement,
afin que les gens, les enfants surtout, aient envie d'avoir un aquarium
à la maison. Enfin, l'exposition est l'occasion de montrer
la vitrine des "Amis de l'Aquarium 1932". Le club se veut
dynamique et inventif. N'est-ce pas lui qui mit au point pour la
première fois, au début des années 70, les
décors en polystyrène résiné? Ce procédé
est courant et précieux aujourd'hui en aquariophilie. Surtout
depuis que l'Aquarium de Nancy a amélioré la technique
et l'a fait connaître. L'autre jour, Bernard Lautner eut l'idée
de façonner le polystyrène à la scie circulaire, travaillant avec
une surprenante rapidité. Encore une innovation. Mais gare aux doigts...
Le club sensibilise les jeunes des écoles. C'est pourquoi l'expo
ouvre ses portes à la mi-juin. En fin d'année scolaire, les enseignants
trouvent ainsi une idée originale de sortie, permettant à leurs
élèves une approche sympathique du milieu aquatique, tel qu'on peut
le reconstituer dans une salle de classe ou chez soi. Un regret
de taille: ne pas pouvoir présenter des tritons, des salamandres,
des rainettes, ou des couleuvres de chez nous. Des enfants en capturent
encore au printemps. Mais un grand nombre ne sait plus à quoi ressemblent
ces animaux, car ils se raréfient. La législation actuelle interdit
de les maintenir. Et le projet n'a pas pu aboutir. Reportage:
Jean-Emmanuel Hay |
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L'EXPO DE 1994 EN CHIFFRES 73
mètres de façades d'aquariums, si on les met bout
à bout... 20000 litres d'eau! 22 bacs d'eau douce. 15 bacs
d'eau de mer. |

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II y avait aussi, poursuit-il, un terrarium géant,
où l'on pouvait se tenir debout. Nous y maintenions des chauve-souris.
Quand elles déployaient leurs ailes, c'était l'attraction.
Je me souviens aussi d'un bac marin avec des hippocampes. Un matin,
en arrivant, nous avons découvert des jeunes... Quelle ne fut
pas notre déception, quelques jours après! Nous découvrîmes
le bac "explosé". Les hippocampes étaient
morts. 