CICHLIDOPHILE
D'EXCEPTION!
AQUARAMA (1990)
par Robert ALLGAYER (Photos de l'auteur)
"S'il existe une personne qui a fait progresser l'aquariophilie et
les cichlidophiles tout particulièrement, c'est bien Jean-Claude NOURISSAT.
Sa passion pour les poissons est totale et presque exclusive. Comme beaucoup,
il a commencé par le «menu frétin», Characidés, Killies, un peu d'eau
de mer, mais ... comme d'autres aquariophiles, il a vite compris que cela
manquait de «sel». Il ne restait que les ... Cichlidés.
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| Le
propriétaire en «corvée» de nettoyage des vitres avant une prise de
vue cinématographique, avec masque et tuba dans le bac de 12.000 litres.
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Il a été l'élève de l'éminent aquariophile que fut Roger ROTHLEY, un alsacien
des Amis de l'Aquarium 32 de Strasbourg, retiré à Hyères. Très vite ce
dernier lui inculqua le virus du Discus, et Jean-Claude perpétra la «souche
Rothley» turquoise rouge. Ses succès furent tels dans la reproduction
de ce Discus, qu'il put fournir la France entière en sub-adultes. De nombreux
aquariophiles lui sont redevables d'avoir pu réaliser leur rêve sans avoir
à déchirer leur bourse. Son but atteint, avec l'une des espèces réputées
pour sa difficulté de maintenance et de reproduction, il se fixa comme
but la création d'une association nationale regroupant les cichlidophiles.
Nous connaissons aujourd'hui le succès de l'AFC dont il assure la présidence.
Son but
En même temps, sa passion se tourna vers les Cichlidés d'Amérique Centrale.
Par la force des «choses» et la rareté des espèces dans le commerce aquariophile,
il lui fallait se rendre dans cet Eldorado pour connaître d'autres espèces
que le Meeki et le Nigro. Ses virées en Allemagne, permettaient au début
de sa passion pour les «Cichlasoma» d'acquérir quelques spécimens adultes
d'espèces bien connues actuellement, mais rares en 1980 comme Chuco
nicaraguensis, les prédateurs Parapetenia ou des «Citrinellum».
Mais comme à chaque fois, J-C.N. se remit en question et ne se contenta
pas d'une vingtaine d'espèces recensées en Europe. Il se posait la question:
où est la centaine d'espèces répertoriée en Amérique Centrale par les
scientifiques? La seule solution était de s'y rendre, sur les «terra typica».
Celà demande une solide organisation. Son acharnement dans la recherche
de ces Cichlidés lui ont permis de trouver près de 40 espèces inconnues
des aquariophiles, et 6 espèces inconnues de la Science dont l'une porte
aujourd'hui son nom: Theraps nourissati. Bon nombre d'entre vous
ont certainement pu voir l'un de ces nombreux films qu'il a tourné lors
de ses expéditions et mis à la disposition des associations.
Chez lui
Son installation actuelle est à la mesure de ses recherches sur le terrain.
Le nombre impressionnant, d'espèces et de spécimens collectés, a toujours
trouvé place dans son installation dans l'arrière pays toulonais. Il ne
suffit pas de collecter, il faut aussi assumer au retour l'hébergement
et la nourriture de tous, dans les meilleures conditions. Il a donc tout
naturellement construit une serre – qu'il n'est pas possible de photographier
dans son intégralité vu l'exubérance de la végétation tropicale – pour
ses poissons, les Orchidées, et les plantes tropicales de sa compagne
Nicole. Il a construit des bassins extérieurs pour les quartiers d'été
de ses chers Cichlidés. Rien n'est de trop pour ses poissons, ni le temps
qu'il leur consacre, ni l'espace qu'il leur offre. Au total dans sa serre
ce sont près de 50 000 (cinquante mille) litres d'eau dont deux bacs de
12 et 6 m3 recevant la lumière du jour à travers le toit de la serre.
Toute l'installation est dotée du goutte à goutte. La filtration des bacs
est animée par des exhausteurs alimentés en air par deux surpresseurs.
Les deux grands bacs sont encore alimentés par de puissantes pompes récupérées
sur des lave-vaiselles. Ces grands aquariums permettent d'acquérir et
de faire croitre de grands spécimens. D'autre part, les comportements
des poissons, la territorialité, les soins parentaux, la prédation, n'ont
rien de commun avec les observations faites en bacs «exigus» de 500 ou
1000 litres. Par exemple, dans le bac de 6000 litres de Jean-Claude (la
maison de retraite), des sub-adultes de 3-4 cm nés dans ce bac,
cohabitent avec des Petenia splendide de 35 cm, sans avoir à craindre
quoi que ce soit. Ce bac abrite des spécimens, de plusieurs espèces, tous
dépassant 25 cm à 40 cm pour un mâle de Synspilum. Il finissent là, leurs
vieux jours, après une vie de reproducteur. Ce sont souvent les tri-aïeuls
des Cichlidés qui font la joie des aquariophiles d'aujourd'hui. Ils savourent
dans cette cuve une eau neuve et une nourriture bien méritées.
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| Poste
de commande de la serre, avec deminéralisateur à résines, détarteur
électrique, pompe hyperbar 60 kg de pression pour le systéme de brumisation»
et hygrométrie de la serre, commande électrique, minuterie etc.
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Comment?
Les bacs de reproduction ont une contenance de 500 à 800 litres, très
peu chargé en poissons. En général, un à deux couples pour 2 espèces cohabitent
dans ces bacs. Ils sont occupés par les géniteurs des dernières espèces
trouvées en Amérique Centrale (Mexique, Guatémala, ou échange avec des
cichlidophiles allemands). Les quelques spécimens sauvages importés sont
le souci constant de J-C. N., jusqu'à leur reproduction et diffusion parmi
les cichlidophiles, et ce n'est qu' à ce moment, qu'il considère l'espèce
définitivement importée. Mais il s'est donné les moyens de réussir son
but, en sachant par avance qu'il s'agit d'un puits sans fond avide d'énergie,
de temps et de moyens et non d'une corne d'abondance. Espace, goutte à
goutte et nourriture sont certainement les clés de la réussite de Jean-Claude
Nourissat pour les reproductions de nombreuses espèces. Lors d'une ponte,
il ne siphonne jamais la totalité des alevins. Un quart environ est laissé
aux parents, il assure toujours ses arrières. Les alevins siphonnés sont
transférés dans un bac de la nurserie (200 à 300 litres). Ils y sont copieusement
nourris alternativement en nauplii d'Artémias et d'une bouillie composée
de moules, crevettes, épinards.
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| Vue
partielle de la salle des bacs de reproduction, ceux-ci font le tour
complet sur deux niveaux. 20 bacs de 500 à 800 litres.
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Les vacances!
Une bonne partie des poissons est transférée en bassins extérieurs de
début Juin à fin Octobre. Les alevins ayant une taille de 2-3 cm sont
placés dans un bassin de 20 mètres sur 10 mètres, de forme ovale, profond
de 50 à 60 cm. Les subadultes et les couples des espèces plus difficiles
à reproduire, mais non prédatrices, sont placés dans un bassin circulaire
de 10 mètres, profond de 2 mètres. Là des couples si reproduisent d'une
façon «naturelle» pendant la saison estivale. Les alevins, sous la garde
de leur parents sont conduits dans les champs d'algues le long des parois.
Le pourtour du bassin est constitué d'alvéoles de 2 m3 réservées aux plantes
aquatiques émergées et dans lesquelles les couples peuvent s'isoler avec
leur progéniture. Même son «château d'eau», une cuve extérieure (15 m3)
servant de réservoir tampon entre la pompe du puits et le réseau alimentant
la serre et les bassins, est occupé par des Cichlidés adultes. En automne,
le niveau des cuves est abaissé et les poissons regagnent la serre pendant
la saison froide. L'inspection efficace des grands bacs et des bassins
extérieurs, nécessite une plongée avec masque et tuba.
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| Bassin
extérieur de 50 m3 entouré de Papyrus, Nymphaeacées, Pondeteria cordata,
destiné à la croissance des Cichlidés en période estivale.
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Les ennuis
Rien n'est laissé au hasard. Le nourrissage de tout ce petit monde demande
près d'une heure (sauf imprévu) tous les matins, pour préparer et distribuer
1,5 kg de moules, crevettes, épinards, Artémias. L'espace, la nourriture,
l'hygiène rigoureuse, et les attentions continues font que Jean-Claude
Nourissat possède des spécimens exceptionnels, mais lui, comme tous les
aquariophiles, est aussi confronté aux maladies. Elles sont rares, et
surviennent principalement dans les bacs de quarantaine sur les spécimens
sauvages nouvellement importés. C'est pourquoi il n'y a pas de filtration
commune pour plusieurs bacs. Dans la plupart des cas il essaie des méthodes
«naturelles» de guérison comme la chaleur, le sel et les changements massifs
d'eau neuve ... avant la mise en oeuvre de l'arsenal pharmaceutique.
Aquariophile et cichlidophile d'exception, Jean-Claude Nourissat a su
garder sa modestie légendaire. Il est toujours de bon conseil, et sait
encore écouter les débutants qui souvent l'appellent au secours. AQUARAMA
lui rend ici hommage pour tous les services qu'il a rendu et qu'il rendra
encore à l'aquariophilie. Si tant d'espèces de Cichlidés néotropiques
peuplent actuellement nos bacs c'est grâce à lui. Sa serre, une vrai caverne
d'Ali Baba, renferme des trésors comme Chuco godmanni, Herichthys
bocourti et bien d'autres au détour d'une roche ou d'une plante dans
ses bacs.
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| Cichlasoma
spec.«Argenté» |
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| Theraps
nourissati, Cichlidé portant le nom de son propriétaire. |
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| Herichthys
bocourti, une espèce restée inconnue vivante jusqu'à aujourd'hui. |
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| Chuco
godmanni une espèce très proche de Chuco intermedium occupant les
parties calmes des rivières à courant rapide. |
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| Thorichthys
aureus, une petite espèce aux tons pastels. |
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| Chuco
microphthalmus. |
Espèces trouvées et importées par J-C. Nourissat entre 1981 et 1989 de
l'Amérique Centrale
Amphilophus robertsoni, A. macarcanthus ; Archocentrus
spinosissimus ; Herichthys bocourti, H. cyanoguttatum cyanoguttatum,
H. geddesi (?), H. pearsei ; Chuco godmanni, C.
intermedium, C. microphthalmus ; «Cichlasoma» bifasciatum,
«C». fenestratum, «C». guttulatum, «C». spec., «Catemaco»,
«C». melanurum, «C». regani, «C». zonatum ; Paraneetroplus
bulleri, P. omonti ; Parapetenia bartoni, P. istlana,
P. labridens, P. pantosticta, P. steindachneri ;
Petenia splendide ; Theraps belone, T. coeruleus,
T. irrregularis, T. lentiginosus, T. nebulifer, T.
nourissati, T. rheophilus ; Thorichthys affinis, Th.
aureum, Th. callolepis, Th. pasione, Th. socolofi.
Et deux espèces nouvelles, non décrites, dont le «Cichlidé d'argent»