Une intéressante
manifestation d'aquariophilie à Strasbourg
Article paru dans la revue « Aquarium » n° 35
de novembre 1936
GRANDE EXPOSITION
DE MERVEILLES TROPICALES
Il existe dans l’est de la France une société d’Aquariophile qui, cet été, a prouvé une fois de plus sa vitalité ; nous voulons parler des Amis de l’Aquarium de Strasbourg dont le siége sociale se trouve au Restaurant de la Comédie, rue de la Comédie à Strasbourg. Cette société créée il y a cinq ans, réunit aujourd’hui 200 membres. Elle a pour but de propager la pratique de l’aquarium et du terrarium, d’encourager les amateurs en leurs procurant ce qui est nécessaire à l’entretien des bêtes et plantes. A cet effet elle organise des réunions mensuelles avec conférences et projections, des réunions amicales pour échanges de vue et d’expériences ainsi que de poissons et de plantes, elle entretient une bibliothèque technique tenue à jour, elle organise des excursions en communs à des centres d’élevage ou des localités d’un intérêt botanique et zoologique particulier, et enfin elle monte des expositions.
L’EXPOSITION DE CET ETE :
" MERVEILLES TROPICALES "
Après avoir organisé il y a deux ans sa première
exposition qui grâce à son caractère encore nouveau
à Strasbourg et aussi grâce à un temps exceptionnellement
beau, avait obtenu un succès éclatant, les Amis de l’Aquarium
se sont remis cette année – ci – en dépit de la crise- à
l’œuvre et ont monté avec l’appui et la collaboration effective
d’un beau noyau de membres dévoués une nouvelle exposition
qui, disons le tout de suite, a remporté malgré le mauvais
temps un succès encore plus éclatant que la première.
Le comité élargi d’une commission technique se mit à
l’œuvre dès février sous l’impulsion active de son Président
M. Burghard, pour préparer minutieusement et à la lumière
des enseignements que lui avait apporté la première manifestation
de la Grande Exposition des Merveilles Tropicales. Et grâce à
l'appui de la ville de Strasbourg qui mit gracieusement à sa disposition
un grand local clair et haut, le pavillon Joséphine à l’Orangerie,
grâce aussi à l’appui de la presse nous pouvons dire avec
fierté que malgré toutes les difficultés cette exposition
était prête dès le 4 juillet lorsqu’elle fut ouverte
par le représentant du préfet. Sept semaines durant du 1
juillet au 23 août, du matin à 9 heures jusqu’à 22
heures, plus de 28.000 personnes et plus 50 écoles avec leurs maîtres
ont défilé sous la conduite de guides compétents
devant nos aquariums et ont admiré émerveillés les
poissons et la faune des eaux tropicales qui furent présentés
au public.
Le cadre : le fond de la grande salle avait été transformé
en une oasis africaine. Devant un fond peint art par un des membres nous
trouvions avec des plantes exotiques mises à notre disposition
par le jardinier en chef de l’Orangerie, un bassin dans lequel se mouvaient
3 crocodiles. A gauches et à droite, une dizaine de terrariums
peuplés d’une variété de lézards, de petits
serpents, 3 caméléons, d’un téju, de ouistitis, et
des aquaterrariums avec des axolothes, des salamandres, des crabes, des
tortues naines, etc., entouraient une petite rotonde.
De l’entrée à la salle, on accédait à cette
place par deux grands couloirs d’une longueur de 3,50 m. Dans les parois
de ces couloirs entièrement recouverts, une cinquantaine d’aquariums
varient de 50 cm à 1,10 m et munis d’un éclairage électrique
indirect, étaient disposés et frappaient l’œil d’autant
plus que les couloirs restaient sombres. Ces aquariums avaient été
construits sur place d’après les indications et sous contrôle
du Comité pour s’entourer de toutes les garanties. Les aquariums
avaient ensuite été plantés par les membres ; notons
que les plantes et les poissons avaient été mis pendant
près d’un mois en quarantaine chez un des membres spécialisés
dans ces questions.
M. Arnoul, afin de s’assurer de pouvoir présenter au public quelque chose de bien afin d’éviter des surprises pas trop désagréables telles que maladies, pertes, etc. Et disons-le tout de suite, les pertes durant sept semaines pendant lesquelles les organisateurs ont été obligés en raison du mauvais temps de chauffer environ les 2/3 du temps ont été minimes surtout grâce à certaines précautions et mesures très strictes pour éviter des contagions d’un aquarium à l’autre. Seules, les 2 ou 3 personnes chargées de l’entretien de la nourriture des poissons avaient accès aux aquariums mêmes ; aucun instrument ne pouvaient servir à deux aquariums sans avoir été désinfectés au préalable, etc., précautions indispensables qui nous ont pourtant préservés de bien des dégâts.
A l’entrée à la salle, un des membres avaient en outre exposé une magnifique collection de papillons exotiques et fit assister le public à l’éclosion échelonnée sur toute la durée de l’exposition de cocons qu’il élevait lui-même.
Les pensionnaires : ces 52 aquariums plantés et arrangés
selon les possibilités d’après les pays d’origine de leurs
pensionnaires, étaient peuplés d’un nombre impressionnant
d’espèces de poissons exotiques. Les différents espèces
étaient présentées séparément en nombre
suffisant et les indications indispensables étaient portées
à l’encre noire sur chaque aquarium. D’autre part, on présentait
aussi des aquariums mixtes montrant aux visiteurs les espèces qui
peuvent vivre ensemble sans dommages. Il a été même
possible de faire voir des espèces très rares, telles que
4 jeunes " piraïa " (mangeurs d’homme de la région
de l’Amazone). Deux grands aquariums d’eau de mer montraient un cadre
approprié l’un des actinies de la Mer du Nord, l’autre des anémones
de la Mer Adriatique.
Le but de cette exposition est déjà défini par ceux-mêmes
de la Société, mais cette manifestation avait dans l’idée
de ses organisateurs un but encore plus large, c’est à dire préparer
le terrain et trouver un premier fonds pour la construction dans un avenir
pas trop éloigné d’un aquarium permanent à Strasbourg.
CONCLUSION : cette exposition a montré une fois de plus combien il est encore difficile en France de trouver tout ce qui est nécessaire pour une pareille manifestation, combien on manque encore chez nous d’organisation rationnelle, d’expérience. Sur ce terrain il y a encore bien des choses à faire pour révéler le niveau de l’aquariophilie chez nous et pour nous rendre plus indépendants de l’étranger. En tout cas, félicitations en terminant le Comité des Amis de l’Aquarium de Strasbourg pour la pleine réussite de sa grandiose manifestation qui certes contribuera pour sa part au développement de l’aquariophilie de l’Est.
Paul Matter
